Balestrino place de l'église

le village de Balestrino

Balestrino

Balestrino, un village bien mystérieux

C'est après avoir été séduit par un dépliant publicitaire au titre prometteur "Une autre Riviera" éditée par l'APT delle Palme que je décidai d'aller un dimanche matin du mois d'août, à Balestrino ; charmant petit village médiéval perdu au milieu des oliviers au-dessus de Loano. C'est l'imposante silhouette du château perché sur un piton rocher qui m'accueillit ; sur le versant nord, le village semblait s'être blotti à ses pieds pour mieux être protégé. Il paraît que les prisonniers qui arrivaient à atteindre sa grille étaient graciés par le maître des lieux, un marquis indépendant comme il y en avait tant dans ses collines.

Le château possède un noyau médiéval reconnaissable à sa tour carrée coiffée d'un toit en pavillon. Il a du, comme beaucoup de forteresses, être remanié à la Renaissance ou au XVIIe siècle pour un usage résidentiel : augmentation et ouverture des fenêtres.

Il a appartenu à la famille Bava puis aux Del Carretto jusqu'à la fin de la féodalité en 1796. Dans l'espoir de pouvoir le visiter c'est d'un pas soutenu que je me dirigeai vers l'entrée. deux bons gros toutous y montaient la garde derrière les grilles. Une garde bien placide, pas agressive pour un sou, mais il fallu se rendre à l'évidence, le château était propriété privée donc pas visitable. Le châtelain, un prince peut-être, sans doute le propriétaire du gros 4x4 immatriculé à Monaco stationné à la porte était dans les murs. Des rideaux volants flottants aux fenêtres ouvertes trahissait sa présence. Du portail, je dominai une partie du village et la place de l'église et je commençai à photographier. L'oeil rivé au viseur de l'appareil, je me disais que le clocher aurait bien besoin d'être restauré, comme certaines maisons.

Ce n'est que quelques minutes plus tard en voulant emprunter la rue principale que je m'aperçus que j'étais dans un village fantôme. Rues barricadées, maisons en ruines aux volets et portes qui claquaient au vent, grincements de charpentes sous les bourrasques ; objets divers, arrosoirs, pots de fleurs, outils abandonnés dans les pièces, notre châtelain régnait sur des courants d'air et des fantômes.

Les seuls êtres vivants rencontrés ici semblaient les chiens, alors que le prospectus me promettait des "ruines romantiques et des chats sournois".

Des fantômes, j'en rencontrai ou plutôt j'en apercevais les silhouettes furtives. Habituellement, lorsque j'arrivais dans un village, c'est la curiosité ou le sens de l'hospitalité qui incitaient les habitants à me souhaiter la bienvenue. Un discret Buongiorno entraînait parfois une conversation faite de lieux communs et de renseignements sur l'endroit. Les Italiens étant souvent curieux de savoir d'où je venais.

Est-ce en raison de mes yeux bleus, mais souvent après que j'ai prononcé le mot Français, ils enchaînaient sur un Parigi mi affirmatif mi interrogatif. Ils étaient à la fois un peu déçus mais aussi rassurés de savoir que je venais de Mentone. j'étais à leurs yeux un demi compatriote. Et puis un touriste c'est toujours bon pour le commerce local. A Balestrino ce fut l'inverse. Chaque habitant croisé prenait un malin plaisir à dévier de sa route en m'apercevant. Celui-ci changea de trottoir pour disparaître au coin de la rue, celui là enfonça un peu plus sa tête sous le capot de sa voiture, une troisième après avoir fermé la porte de l'église se précipita chez elle mais passera plusieurs minutes à m'épier derrière les carreaux.

Le sommet fut atteint dans la superette de la partie moderne à 500 mètres de vieux village. Dans les épiceries le dimanche matin, l'ambiance est généralement plutôt allègre, ça papote, la patronne regarde avec des grands yeux curieux et un immense sourire le touriste de passage qui cherche à acheter de quoi se restaurer ; ses euros seront certainement plus trébuchants et nombreux que ceux des villageois. Ici, ce fut un jeu de cache-cache, les clients mettant un point d'honneur à quitter le rayon où j'entrais. A la caisse, silence absolu, paroles réduites à leur stricte minimum, y compris entre les autres clients ; je songeai aux séries B américaines où un voyageur arrive par hasard dans un village peuplé de zombies, d'extra-terrestres ou sous l'emprise d'une secte. Même les cafés, au nombre de six d'après les publicités restaient portes closes.

Ce n'est que plus tard que j'appris que le village médiéval avait été abandonné parce situé sur une zone susceptible de s'effondrer ; mais la date et le comment de cet abandon reste une énigme. Je n'ai pas non plus réussi à savoir pourquoi les habitants avaient un comportement si étrange. Peut-être par peur de révéler le nom de leur nouveau Châtelain, peut-être parce que la blessure de l'abandon, cause probable de nombreux déchirements, était loin d'être cicatrisée.

 

Balestrino, le chateau
Balestrino le château


balestrino eglise

 

Renseignements pratiques :

Balestrino (SV)
GPS: 44°07'28.76"N - 8°10'20.04"
Habitants: 500
A lire :
Periodico di informazione dell APT
Riviera dei Fiori,
San Remo.
Une autre Riviera, les Vallées entre
Borgio et Borghetto Santo Spirito
,
APT Riviera delle Palme.
http://www.balestrino.it/
Retour vers la liste des chroniques

Contact :
italie.chroniques@gmail.com

Retour vers le haut de la page

vers la liste des chroniques retour à l'index Vers l'introduction retour vers chroniques vers la liste des chroniques histoire des Margelli contact contact bibliographie