Lecce


Lecce et son étrange palais

Lecce est une petite cité située dans les terres au milieu des champs d'oliviers. Les dimensions des troncs, parfois doubles, de ces arbres trahissent l'ancienneté de leur plantation. Ici on fabrique de l'huile d'olive depuis au moins l'antiquité. Les campagnes sont sillonnées de murets en pierres sèches dont la couleur blanche tranche avec l'ocre rouge de la terre. et sont parsemées de petites constructions en pierres sècles, les trulli.

Après avoir posé bagages à la Casa Elisabetta , un B&B située dans la vieille ville, c'est à la nuit tombante que j'ai découvert ce que les Italiens surnomment " La Florence baroque" ou "La perle baroque" tant la concentration d'édifices de cette période est grande. La vieille ville n'est pas très étendue, protégée par des remparts en partie détruits et toute construite en un beau calcaire doux couleur café au lait qui lui donne une certaine luminosité.

Lecce Santa Croce la façade
Eglise Santa Croce de Lecce

C'est l'heure de la passegiatta. Ici, à la différence de Catagne, Napoli ou Bari, j'assiste à une passegiatta assagie. Les gens marchent lentement, parlent peu ou s'assoient place S. Oronzo non loin des ruines de l'amphithéâtre romain, au pied de la colonne qui marquait la fin de la via Appia. Ici la vie à l'air de glisser lentement au rythme des carillons des dizaines d'églises. On flâne doucement.

Désorienté et sans plan, c'est un peu par hasard que j'arrive devant Santa Croce. On y célèbre un mariage. Les centaines de détails, putti, chérubins, atlantes, démons., s'animent sous les jeux d'ombres et des lumières dorées des projecteurs tandis qu'une douce tonalité bleue envahit le ciel.

Le lendemain matin, vers les 9h00 les rues du centre historique sont presque désertes contrairement aux autres cités italiennes qui s'activent tôt le matin avant de tomber dans un demi-sommeil en début d'après-midi. A Lecce la ville se réveille qu'à la tombée du jour. Si la façade de Santa Croce me semble moins poétique, plus plate que la veille, je distingue mieux la multitude de détails, les personnages parsemés sur le fronton. Il y en a des centaines, c'est impressionnant. Une volute près de la rosace s'incurve en profil humain, celui de son architecte Cesare Penna ; le Turc si craint en Méditerranée est incarné en faquin. Avec cette pierre douce, malléable presque sensuelle les sculpteurs s'en sont donnés à coeur joie. C'est le barochetto (le petit baroque) qui exprime l'allégresse des artisans qui, dit-on, sculptaient comme ils chantaient.

leccelecce baroquelecce baroque

La place du Dôme a aussi perdu de son charme de la veille. A la lumière du jour ses proportions me semblent plus imposantes ; en fait l'entrée, étroite, en accentue les dimensions. C'est un décor de théâtre, une place de représentation. Là encore on s'étourdit avec les détails, la fantaisie de Santa Croce en moins. Au rosaire, la façade massive est ponctuée de nombreux de compositions florales mais aussi de détails comme ces aigles à deux têtes ou ces putti. On retrouvent ces derniers partout en ville. Ici, sur une frise à se disputer des fruits, là autour d'une colonne où sur les frontons à se balancer sur des guirlandes fleuries.

Lecce le domeLecce le domeLecce le Dome
Ci-dessus:
Entrée de la place du Dôme et place du Dôme de Lecce

Les décors et les personnages anecdotiques ont disparu de la façade de S. Matteo Prospetto où l'architecte a joué sur les courbes et contrecourbes, le convexe, le concave et le contraste entre les motifs en pointe de diamant et les écailles de poissons, se rapprochant davantage de la vision habituelle que l'on a du baroque. Il n'y a pas une rue sans un palais avec son portail monumental et sa porte cochère. Certains sont spectaculaires comme le palazzo Marrese avec ses cariatides. C'est l'un d'eux transformé en B&B que j'avais choisi pour y passer deux nuits.

L'étrange Casa Elisabetta

Répondant au doux noms de la Casa Elisabetta , il s'agit d'une demeure seigneuriale au décor d'inspiration mauresque et bien équipé (solarium, wi-fi, coffre-fort...)... une invitation à revivre une partie de l'histoire de cette ville disait le dépliant. A défaut de maison de charme, je n'allais pas tarder à m'apercevoir que cette demeure recommandée par le Michelin et le Petit-Futé comme une adresse très calme avait beaucoup de caractère.

Comme beaucoup de palais, l'entrée s'ouvre sur un cortile au fond duquel se trouve la réception. Un petit escalier permet d'accéder aux étages. Pas de bossages, de modénature ni d'armoiries à l'entrée. La Casa Elisabetta n'a pas appartenu à l'un des personnages les plus en vue de la ville.

Pour accéder au premier étage les marches semblent d'origine, pour aller au second, il faut gravir un escalier étroit en carrelage des années 50 (de 1950 par de 1650) raide à faire peur. La réceptionniste, une skri-lankaise, ne donne pas un coup de main pour les bagages. Puis vient la découverte du piano nobile. Depuis l'age baroque, il a été découpé en chambres et un couloir au sol en ciment peint en rouge sang donne accès aux chambres qui possèdent (je n'en reviens pas) le même revêtement de sol mais écaillé ! Ce que j'avais pris pour des murs blanchis à la chaux sur le site internet sont finalement des cloisons en plâtre.

La chambre donne sur le solarium lui même ouvert sur une vue panoramique sur les toits de Lecce disait encore le dépliant... En fait de solarium il s'agit du toit de la maison en ciment avec 3 ou 4 pots de fleurs avec des plantes crevées et une vue imprenable sur la forêt d'antennes qui couvrent les toits de la ville. Seul un yucca survit dans ce désert.  Je commence à comprendre le mécontentement de l'Américaine qui réglait sa note tout à l'heure.

La salle de bains est refaite à neuf mais bizarrement, moi qui suis toujours le premier à prendre une douche après les transports ou en fin d'après-midi, elle ne m'attire pas. La cabine bien que pimpante me fait un peu peur... "qu'est-ce qui va me sortir dessus" me suis-je dit . Et quelque chose me retient d'aller sur le "solarium" pour faire une photo.

J'ai failli tourner les talons en voyant la chambre. Bien que propre et aménagée simplement, elle me repousse. A l'hôtel Etnea 316 à Catagne j'avais également été déçu mais finalement charmé par le cadre désuet et chargé de souvenir des lieux. Rien de tout cela ici. Bon pour deux nuits, ça va aller je me suis dit. Après tout, le reste du séjour est programmé à Bari dans un 4* tout ce qu'il de plus moderne et d'impersonnel.

La première nuit, je me suis écroulé de fatigue après près de 8h00 de transports successifs. La seconde, après avoir trouvé un super petit restaurant, le Giardino, j'étais fin prêt pour une nuit douce et reposante. Une chose pourtant m'a intrigué en partant dîner. J'ai croisé une asiatique qui transportait six ou sept packs d'eau et je me suis demandé ce qu'elle en pouvait faire puisque ici, ils ne préparent pas le petit-déjeuner (contrairement à ce qui est écrit dans le dépliant). On doit le prendre au café d'à côté.

 Vers 2h00 du matin un claquement me réveille. Sans doute quelqu'un qui essaye d'ouvrir sa porte ou qui se sera fait enfermer dehors à la suite d'une scène de ménage. Les nuits italiennes sont parfois bruyantes. Ça fait sourire les pharmaciens quand un Français vient acheter des boules Quies. Mais d'habitude ce sont surtout des klaxons, des rires ou des chansons. Mais après quelques minutes je dois reconnaître que ma supposition est fausse car je n'entend aucun bruit de voix. Au contraire, à part ce bruit c'est le grand silence. Je suis le seul à l'étage.

Les bruits se répétant, je m'amuse à compter les coups pour trouver une explication. Non, ce ne peux pas être une porte qui bat, trop régulier : deux petits coups mats successifs puis au bout de quelques minutes un grand coup suivi 15 ou 20 mn après d'un coup énorme. Vers les 4 ou 4h30 du matin je commence à me demander où j'ai atterri si ce n'est ni le vent ni une climatisation mal réglée qui trouble mon sommeil. Mes réflexions sont interrompues brutalement par un frôlement le long de la cloison, juste à la hauteur de ma tête, comme le frôlement de tissus le long du mur à me toucher mais continu, ni interrompu ni rythmé par le pas de la marche. La cloison me semble aussi fine qu'un papier à cigarette tellement le bruit est distinct. Je n'ose plus bouger une paupière..., je surveille la poignée de la porte juste à côté de moi. Je prend conscience que la chambre est une souricière pas de salut possible par le solarium puisque le couloir d'où viennent les bruits donne directement accès au toit. Au contraire j'ai deux endroits à surveiller ! Avec mon canif et une bouteille en plastique pour me défendre, je ne vais pas aller loin. Puis un coup énorme, terrible résonne dans le couloir tout près, je sens les meubles et le lit vibrer. A ce moment le trouillomètre est à son maximum.

Le lendemain j'ai inspecté le couloir mais en vain. Peut-être trop rapidement car je devais prendre le train. Au fond d'où venaient les bruits un cul de sac sombre. En réglant ma note je demande à la réceptionniste d'où provenaient ces bruits. A ma grande surprise, elle qui avait réponse à tout et un certain aplomb se redresse sur sa chaise, entame une sorte de grimace qui fige son visage sans un mot. Son attitude fut des plus  suspectes car elle venait de se disputer avec une Française au sujet des places de parkings réservées et d'une chambre située dans les caves et savait parfaitement quoi répondre à tous ces reproches. Je me suis dit, "toi tu sais au contraire parfaitement ce qui s'est passé; en plus dès 20h00 tu t'enfermes dans ta loge à triple tour". Peut-être était-elle transie de peur ?

 Je m'imagine une histoire à la Roméo et Juliette, Elisabetta trouvant la mort sur le toit en terrasse en tombant dans le cortile en contrebas. Depuis, son âme en peine transformée en esprit frappeur, tente de chasser les intrus de sa demeure transformée en dortoir par des marchands de sommeil cupides. Mon côté rigoureux me dit plutôt qu'il y a dans l'autre aile du palais un atelier clandestin ou je ne sais quoi. Quoiqu'à choisir entre tomber nez à nez avec le fantôme d'Elisabetta à 3h00 du matin ou 4 Chinois en caleçon transportant des pièces de tissus, je préfère le spectre...

Lecce Pouille Santa Croce
Lecce, détail de Santa Croce

Lecce place san oronzo
ci-dessus : :
Piazza S. Oronzo à Lecce
Ci-dessous un détail du dôme


Lecce place du dôme
Ci-dessus:
Lecce, la place du dôme
Ci-dessous:
un détail de Santa Croce de Lecce


Ci-dessus :
Santa Croce de Lecce
Détail du profil du visage de son maiître d'oeuvre

Lecce restaurant le Giardino

Après un excellent dîner au "Giardino",
un restaurant jardin de la ville nouvelle,
je m'apprêtai à passer une douce nuit
à la Casa Elisabetta.
Ce fut une porte sur l'enfer

Palais a Lecce

.
Un palais de Lecce

Ci-dessus :
Palais de Lecce


Cette illustration est extraite de :
Paone (M.), Lecce elegia del barocco ,
Lecce, Mario Congedore ed, 2005.

Lecce baroque

Lecce baroque

Lecce baroque

Lecce baroque

Lecce baroque

Ci-dessus et au centre :
images du barochetto de Lecce



Palais de lecce

Lecce casa elisabetta

De nombreuses corneilles peuplent les
combles et les sous-toits à Lecce,
leurs chants apportant une atmosphère
romantique ou inquiétante à la
cité, selon sa sensibilité.

Visiter la galerie photos sur le barochetto :
lecce

Renseignements pratiques :
Lecce
GPS: 40 °21'13"N - 18 °10'32" E
Habitants: 95 000
A lire : voir la bibliographie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lecce

http://www.comune.lecce.it/comunelecce/
http://www.viveresalento.info/p/lecce/f/sto.asp

Consulter cette page en format brochure
sur Calaméo :
Lecce
Lecce sur calameo

J'ai craqué pour:
- La profusion des décors des édifices baroques.
- La carte du restaurant Giardino
via Cesare battisti,10

 

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italie.chroniques@gmail.com

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